Les Thraces au Louvre

A côté de la « grande » exposition consacrée à Poussin, le Louvre présente, aile Richelieu, une plus modeste installation dédiée aux Thraces et en particulier les Odryses. Sujet de niche qui ne manque pas d’intérêt comme on va le voir.

Ouverture mythologique avec un « rappel » (ou une découverte) de 3 grandes figures Thraces :

  • Orphée, qui ferait toujours mieux de regarder devant lui quand il marche, était d’ascendance royale Thrace et sera d’ailleurs trucidée par ses compatriotes femelles après son échec critique chez Hadès.
  • Le roi Rhésos, qui dans l’Illiade, accourt avec ses cavaliers, au secours de la ville assiégée et se fait dézinguer dans son sommeil par Diomède, tandis qu’Ulysse lui piques ses chevaux
  • Térée qui se retrouve après moultes aventures (et avoir commis un viol), à manger son fils.

De tout ceci, on déduit que les thraces ont généralement pas beaucoup de chance dans la vie. Ou que les grecs en ont une vision quelque peu faussée. A priori, c’est cette dernière hypothèse qui prévaut maintenant, les thraces, si proches et si exotiques, étant, pour les hellènes globalement répartis en 2 catégories (c’est simple la vision grecque du monde) : les hommes sont tous des peltastes et les femmes sont toutes des peltasses (et en plus elles sont toutes tatouées avec des cheveux courts). Pour mémoire, les peltastes sont des mercenaires d’infanterie légère mais les thraces sont aussi des très bons cavaliers.

Le mobilier funéraire de plusieurs tombes, fruits de découvertes archéologiques relativement récente, va ensuite témoigner d’un royaume qui a subi quelques déconvenues mais qui était doté d’une riche aristocratie. Cette caste est née des échanges entre l’Asie Mineure et le monde grec.

Les tombes contiennent de la vaisselle, des bijoux. Elles sont recouvertes par des tumulus et des structures en dur protègent la dépouille. Comme en Thrace on aime bien rigoler, les défunts sont parfois démembrés (mais juste les bras) et accompagnés de sacrifices animaliers ou humains. Les hommes ont le droit de rejoindre leur créateur armés de pied en cap, l’armement initial (lance, pointe de flèche) évoluant petit à petit avec l’adjonction de casques, glaives, d’harnachements en argent (avec sujets olé-olé).

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L’histoire Thrace a connu des hauts et des bas. Apparu pendant la première moitié du Vème AVJC, il se fait envahir par Philippe II de Macédoine en 349.  De 342 à 120 avant de rejoindre par clientèle la sphère romaine. Parmi les grand monarques de ce royaume, il y a Seuthès III, dont l’impressionnant portrait barbu au vivant regard est la tête d’affiche. C’est l’œuvre d’un artiste grec venu travailler à la Cour.  On pourra aussi admirer sa splendide couronne d’or à feuilles de chêne.

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Le trésor de Panagyurishte : 9 vases et plus de 6 kg d’or.
Sofia - Panagyurishte Thracian Gold Treasure

Mais en Thrace, on trouve aussi des grecs, des colons plus exactement, venus ouvrir des comptoirs entre la fin du VIII et le VI ème siècle. Eux aussi ont des tombes : même si elles sont la dernière demeure de « simples » citoyens, leur faste est indéniable et permet de se rendre compte des richesses créées par le commerce dans ces lieux. La religion thrace est, forcément, influencée par les grecques mais pas sans réciprocité : la déesse thrace, Bendis rejoint ainsi le Panthéon Olympien en gardant sa lance et son bonnet phrygien tout de même.

 

L’exposition courte mais assez dense permet de découvrir une civilisation méconnue (sans doute trop éclipsée par les ses remuantes voisines) mais brillante, fort d’un artisanat raffiné. J’avoue avoir particulièrement apprécié leur iconographie syncrétique entre les steppes, la Perse et l’art grec : on retrouve ainsi à côté des images traditionnelles hellénistiques, des représentations de cavaliers, serpents, combats d’animaux. Les panneaux explicatifs sont presque accessibles aux communs des mortels (qui a de bons yeux, le choix de la police n’étant pas des plus heureux) et des cartes n’ont pas été oubliées pour tous ceux qui ne connaissent pas la Bulgarie comme leur poche. Malgré toutes ces qualités, vu le prix, difficile de conseiller de ne venir que pour cela…

Site officiel : http://www.louvre.fr/expositions/l-epopee-des-rois-thracesdecouvertes-archeologiques-en-bulgarie

Durée : 30 minutes

Tarif : 13 euros et 15 à partir du 1er juillet probablement 20 euros dans un an mais où s’arrêteront-ils ?

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