Du No à Mata Hari au Musée Guimet

Cette fois, le musée Guimet tente une approche transversale des cultures asiatiques via l’axe du théâtre. Théâtre au sens très large puisque marionnettes et théâtres d’ombres sont aussi convoqués. L’exposition peut être découpée en 3 parties, Inde & Asie du Sud-est, Chine, Japon. D’après vous, quelle partie vais-je préférer ? Suspense.

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Le sous-continent ouvre donc le rideau sous les auspices du Mahabharata et du Ramayana (abbrégés M&R dans la suite, ma touche a vous remercie de votre compréhension). Je vous passe les détails mais ces épopées mythologiques pleines de sang, bruit et fureur, voient s’amouracher, se battre, passer l’arme à gauche, une palanquée de  ‘a’ et de ‘i’ avec ou sans palanquins d’ailleurs. Ce qu’il faut retenir, ce n’est pas l’arthagrapha (ouf),  mais que les théâtres indien et des pays voisins vont y piocher leurs  inspiration, leurs thématiques, leurs esthétiques depuis très longtemps et pour les éons à venir jusqu’à ce que les astres soient propices.

Costumes de personnages de KathakaliDSCF9802Un cinéma ambulant DIY indien (XXème) permettant de diffuser des images issues des M&R :

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L’époque moderne ne s’est pas détachée de ses racines avec une récente adaptation livresque, Ramayana : la divine ruse de Sanjay Patel dont j’avoue beaucoup apprécié le graphisme Patapon.

pantel

Ce théâtre épique indien est associé au concept de « rasa » soit la sensation éveillée par la contemplation esthétique. Ce sentiment peut aussi bien être de l’amour, la joie, la colère, la tristesse, le headbang. Non pas le headbang.

Dans la sphère d’influence indienne, en Indonésie, vous pourrez voir des masques en bois de Wayang Topeng. Avec un tel masque, les personnages sont muets et ce sont des « clowns » qui récitent l’intrigue :

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La puissance évocatrice du théâtre d’ombres est pratiquée dans plusieurs pays d’Asie là encore, le répertoire est issu de M&R. Plusieurs vitrines y sont consacrées, à la toute gauche de la photo ci-dessous, des éléments de Sbaek Thom (Cambodge XX, cuir découpé, et peint) :

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On passe ensuite à l’Empire du Milieu avec là encore des ombres (Chine XIX) :

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et des marionnettes de Canton :

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Dès les Han, on retrouve dans les tombes des substituts funéraires préfigurant des marionnettes et témoignant du goût pour l’acrobatie et la danse qui aboutira à l’Opéra de Pékin.

Parlons-en justement de l’Opéra de Pékin. Combinant de multiples pratiques : chant, musique, mime, danse, acrobatie, jonglage, il a été très codifié à partir du XIX. Ses costumes, que l’on peut difficilement qualifier de discrets, se caractérisent par des  manches « aquatiques », entendre par là en nageoires de poisson, destinés à amplifier les mouvements.

Une série de ces somptueux atours a miraculeusement échappé à la destruction de la révolution culturelle : DSCF9814

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Voilà, c’est assez court pour la Chine, on passe au Japon. Nô et Kabuki vont bien sûr se tailler la part du lion dans cette dernière salle, mais sans pour autant oublier le Bunraku.

Le Nô est le théâtre dramatique japonais, il a été créé au XIV, et est caractérisé par des costumes complexes, des gestes très rigides, des décors dépouillés voire absents et une tension dramatique telle que pour garder le public en vie, il est nécessaire de procéder à des intermèdes de détente nommées Kyogen qui doivent faire retomber la pression.

Les costumes de Nô ont une importance vitale, ils sont le décor : ils doivent évoquer le lieu, la saison, la personnalité du porteur.

Bois peint : acteur de No, Japon XVI

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Estampe de No : Tsukoika Kogyo

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Le kabuki, plus tardif, plus populaire, voire sentant le soufre, fait appel, de part sa vocation épique, à des deus-ex-machina pour assurer le spectacle.

Programme de Kabuki :  DSCF9832

Le bunraku fin XVIII, est un théatre de Marionnettes qui entretient des liens étroits avec le kabuki. Les marionnettes sont de grandes tailles, relativement lourdes et dôtées de nombreux moyens d’expression : elle exigent plusieurs manipulateurs.

 

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La toute fin est, je pèse mes mots, même si on ne peut pas dire que les salles précédentes étaient fades question longueurs d’onde,  une explosion chromatique. Le responsable en est Itekiku Kubota, créateur de kimonos pour la scène, selon la technique du Tsujigahana, que je serais bien en peine de vous expliquer mais qui fait des merveilles : le résultat en dehors du côté « tiens si j’essayais aussi cette couleur là » est juste incroyable, notamment par la texture que le tissu adopte, proche d’une peinture au couteau.

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Comme tout artiste japonais qui tient un tant soit peu à se faire respecter, il peint le Fuji, dans une série de variation à la Monet.

DSCF9822Une autre série dépeint des motifs qui ne sont pas sans évoquer l’art nouveau :

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Comme d’habitude, l’exposition se poursuit dans la bibliothèque (1er et 2ème étage) : Mata Hari a le droit à une présentation, à l’endroit même où elle se produisit devant le maître des lieux. En montant les escaliers, une collection d’estampes japonaises sur les acteurs de théâtre.

Une magnifique exposition qui mérite le détour rien que pour la partie japonaise (en totale objectivité bien sûr) même si les autres salles sont ne manquent pas d’intérêt. A vrai dire, seul le titre de l’exposition est un peu trompeur, mais on sent qu’il a été conçu pour attirer le visiteur (c’est vrai que « Du Mahabharata au Bunraku » était moins vendeur) et on ne lui en tiendra pas rigueur.

Tarif : 9.50 euros

Durée : 1 h / 1 h30

Site officiel : http://www.guimet.fr/sites/du-no-a-matahari/2-accueil.html

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