Mannequins, l’exposition WTF au Musée Bourdelle

Dissipons tout d’abord un malentendu. Cette exposition n’a rien à voir avec Emile Antoine Bourdelle. Elle n’a même rien à voir avec la sculpture. On me répondra qu’il fallait bien trouver un endroit pour l’installer. Certes mais je rétorquerai qu’il n’était peut-être pas nécessaire de l’organiser.

On débute donc par des mannequins… non même pas, mais par la « grande machine » de Nicolas Poussin. Grosse caisse en bois, contenant une maquette de la scène à peindre avec des orifices permettant de simuler le rendu de l’éclairage et un œilleton pour observer le tout. Comment ça, on comprend rien à mes explications ? Voilà le dispositif mais sans le couvercle, la porte à droite permettant l’éclairage :

poussin

 

Mannequin néoclassique vers 1820

DSCF9786

Sachez, que Paris est à la fin du XVIII la capitale européenne du mannequin perfectionné. Encore une maitrise technologique qu’on a perdu, ah là là c’est pas comme ça qu’on va l’avoir notre point de croissance en plus. Pour donner, un ordre d’idée de la complexité de ces objets, sachez qu’il nécessitait jusqu’à 1 année de travail, et pouvait coûter l’équivalent de 2 ans de travail d’un modèle vivant.

Mais, ils n’avaient jamais froid/chaud/envie de faire pipi/des crampes/d’état d’âmes.

Ils sont donc abondamment utilisées partout en Europe (on ne saura pour le reste du monde), si bien que des critiques s’élèvent pour dire que le résultat pictural final relève un peu trop l’usage de cet artifice.

Un exemple avec Thomas Gainsborough, « Portrait d’Heneage Lloyd et de sa soeur Lucy », dont le naturel de la peau et de la pose est criant de vérité. Il paraît que l’artiste maquettait aussi ses décors avec des brocolis, du charbon, et du nutella. Si si. Enfin non pour le nutella, mais le reste oui.

gainsboruough

Même réception critique pour, Lehmann avec « la désolation des océanides », que personnellement je trouve beaucoup plus réussi.

lehmann

Mise en abyme du mannequin, qui d’utilitaire devient sujet pictural, un exemple parmi d’autres : Marie Amélie Cogniet, intérieur d’atelier. cognet

L’exposition aborde, légèrement, la problématique du réalisme des articulations, voire des textures. De ce point de vue, difficile de ne pas parler de  ce qui est est sans doute l’objet le plus intéressant de l’exposition, le modèle d’anatomie du Dr Louis Auzoux, intégralement démontable et réalisé en … papier maché.

auzoux

Après, l’exposition part réellement en sucette. On évoque Charcot et ses malades exhibés en état de transe assimilés à des mannequins vivants (mais on ne parlera pas en revanche des modèles vivants…), on tombe sur Pygmalion, occasion de voir une oeuvre de Bourdelle, un tout petit dessin – fort réussi au demeurant – illustrant le mythe.

Puis, fétichisme, surréalisme et mercantilisme, nous tombent dessus comme la misère sur le pauvre monde sans que l’on sache trop le rapport avec le reste. Le mannequin malléable, silencieux, est source de désir, de crainte et vecteur d’élucubration diverses chez l’artiste (et les organisateurs d’exposition).

 

Peu pédagogique, voire limite incompréhensible, le cheminement de l’exposition, amène tout naturellement à se demander, « mais qu’est-ce que je fais ici ? ». Personnellement, je ne trouve pas qu’il y ait matière à une exposition, ou alors, une petite salle, sans vouloir absolument meubler 9 thématiques qui apparaissent très artificielles. Un conseil, si vous allez au musée Bourdelle, préférez la collection permanente et l’atelier Carrière (les travaux sont finis), infiniment plus didactiques et prenants.

 

Pas de photos, pas de sac, pas toucher, pas respirer, pas remuer l’oreille droite.

Durée : 40 minutes

Tarif : 9 euros

Jusqu’au 12 juillet 2015.

http://www.bourdelle.paris.fr/fr/exposition/mannequin-dartiste-mannequin-fetiche

 

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