Sous le regard de Bacchus

L’exposition qui a débuté le 24 février dernier au Petit Palais exhale le soufre, le stupre et la fornication.

Carrément.

Mais intellectualisé alors ça va.

Mais il va y avoir du monde prêts à grimper aux cimaises. Donc méfiant, j’y vais en semaine.

Le thème en est le côté obscure de Rome, la période le XVIIème siècle, les acteurs sont les peintres de tous horizons qui séjournent dans la ville éternelle.

Ce qui frappe d’entrée dans l’exposition, c’est la mise en scène. L’alangui Faune Barberini et des gravures des lieux emblématiques nous plongent dans un long couloir lumineux qui se déroule sous 10 m de plafond. Ca c’est le côté apollinien, pour le revers ce sont des petites salles sombres, tapissées de couleurs auspicieuses et des miroirs emblématiques des illusions de ces milieux interlopes. Ce n’est pas la première fois que je le dis du Petit Palais, mais question décor,  je crois que c’est ce que j’ai vu de mieux au monde.

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Après la mise en contexte, on commence bien évidemment la visite chez Bacchus, dieu de l’inspiration créatrice, qui s’incarne sous les traits du Caravage ou de ses suiveurs quand ils ne se représentant pas sous la forme de satyres, Silène, ou de Pan.

 Monfredi, Bacchus et un buveur, 1621-22

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Parmi tous les joyeux lurons de l’époque, beaucoup viennent du nord de l’Europe, se regroupent en confréries potaches et érigent leurs tavernes en temples : les bentvueghels. Ils se placent sous la tutelle du dieu des pampres. Ces sectes autorisent (encouragent) les beuveries, débauches, parodies d’initiation et sont aussi une bonne occasion de se foutre une torche dans le cul (j’ai toujours rêvé de pouvoir écrire cette phrase à-propos, vous trouverez la preuve ci-jointe).

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Qui dit sectes dit aussi sorcellerie, et la magie est aussi abordée, comme un pouvoir prompt à échapper au contrôlé des inconscient(e)s qui trafficotent avec les forces obscures.

Van Laer Autoportrait avec une scène de magie.

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Salvator Rosa, Scène de Sorcellerie

salvtaor rosa

 

Force est de constater que les tavernes occupent une place prépondérante dans le milieu artistique romain, elles sont l’occasion de jeux d’argents, d’arnaques, d’éclats de voix qui dégénèrent en rixes. Et quand la fête se prolonge, on redescend un peu du nuage et la mélancolie point son nez aux lueurs de l’aube.

Valentin de Boulogne, le concert au bas relief

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Vous me direz « c’est bien tout ça, mais quand est-ce qu’on parle de cochonneries ? »

Rassurez-vous, une salle y est consacrée, avec des peintures aguicheuses, on y aborde la zoophilie, le geste de la fica (le pouce s’introduisant entre l’index et le majeur, je vous laisse en deviner la signification).

Giovanni Lanfranco, jeune homme nu au chat

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Si on s’extirpe un peu de l’atmosphère enfumé des lieux de perdition, ce n’est pas tout à fait mieux. Les artistes dépeignent des scènes de vol, viol, kidnapping. Les monuments romains sont colonisés par tout un petit peuple qui vit, et défèque sous le regard de marbres des dieux païens.

Jan Miel, scène de brigandage dans la campagne

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Jan Lingelbach, l’escalier du capitole, 1667

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Le petit peuple, justement, fait l’objet de portraits dignes, au souci quasi ethnographique, même si on frise un peu le stéréotype diogénisiaque (-ien ? -itude ?).

 Michal Sweets, vieillard et jeune hommeDSCF9727

Avant de regagner vos pénates, passez par la salle consacrée au sous-sol, à Claude Gellée (Le Lorrain) avec des très fines gravures champêtres mais ce n’est pas ce que je préfère chez lui.

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Alors, que faut-il penser de cette exposition ?  Assez courte, à moins d’être passionné par la période, difficile de justifier le prix du ticket d’entrée. Malgré le grand nombre d’artistes exposés, on ne se départit pas d’une impression de répétitivité, due sans doute à l’homogénéité du traitement pictural. Est-ce qu’il y avait vraiment matière à une exposition ? Oui mais il aurait sans doute fallu le traiter sur un pied d’égalité avec le côté lumineux de la Rome de l’époque. Une petite déception donc, même si, j’insiste, le décor vaut vraiment le coup.

 

Durée : 45 minutes

Tarif : 11 euros

Site officiel : http://www.petitpalais.paris.fr/fr/expositions/les-bas-fonds-du-baroque-la-rome-du-vice-et-de-la-misere

 

 

 

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