L’auto-libération de Paris, comment s’écrit l’Histoire ?

Et encore à la bourre ! Certes l’exposition « Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé » est terminée, mais que cela ne m’empêche pas d’en parler ! A vrai dire, je n’avais même pas prévu d’y aller, n’étant pas particulièrement attiré par la période de la Libération et étant d’un naturel sceptique sur, justement les mythes qui y sont rattachés.

En l’occurence, le postulat de départ est intéressant puisque c’est un reboot, comme on dit maintenant au ciné, de l’exposition qui avait eu lieu à chaud en novembre 1944. C’est donc une manière de percevoir, comment quelques semaines après les événements, va être forgée la mémoire collective.  Les photos présentées sont donc celles qui ont été présentées à l’époque, pas obligatoirement dans le même ordre.

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On débute donc chronologiquement par quelques photos de l’occupation, drapeaux allemands flottant sur Rivoli, panneaux indiquant le front de Normandie. Même en temps de guerre, Paris garde sa vocation touristique, les employées de la Wehrmacht font leurs emplettes de mode, les soldats promènent leurs chevalets dans les rues de Montmartre.

Mais on va vite passer à la « Semaine Héroïque », contrepoint évident de la Semaine Sanglante de 70 et cette fois ceux qui viennent d’occident sont les gentils. L’idée est de montrer un peuple courageux, qui se prend en main, qui fait le coup de feu contre des troupes professionnelles et entrainées, mais qui saura prendre l’ascendant car la justice est de son côté, le tout juste avant que la cavalerie ne vienne frapper aux portes de la Capitale. Pour cela, on n’a pas peur d’appuyer sur le message :

  • en photo tout le monde est armé : en réalité, les quelques parachutages alliés ont permis d’acheminer 500 fusils, 800 revolvers. En regardant mieux les photos, on perçoit plus de pétoires que de Sten. On vient habillé comme on peut et l’équipement est réellement parcellaire.
  • Tout le monde participe, même les unijambistes (si si) et les femmes, et la plupart des temps, ils sont beaux, jeunes, le regard un peu las mais toujours conquérant, goutant une pause méritée entres le combats.
  • Paris se soulève spontanément et dans un seul élan et les pavés en font les frais : les barricades sont érigées sur certaines avenues, ce qui n’aura probablement pas d’impact sur les combats.
  • Les combats sont partout et d’une rare intensité : les photos montrent des groupes de combattants souvent de dos, en embuscades tandis que des combats de chars surviennent. En réalité, il y aura un accrochage entre blindés, à la Concorde d’après les photos, les allemands n’ayant laissés que 11 Panther pour assurer la défense. Les combats d’infanterie semblent résulter d’un jeu de chat et la souris entre petits groupes peu coordonnés.

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Le fait est que beaucoup de photos sont des reconstitutions, du fait des contraintes techniques et des dangers que représentent tout de même les snipers allemands, elles sont souvent recadrées pour accentuer les effets dramatiques.  Images et plus encore les films sont impitoyables : quand on voit des parisiens tirés au fusil vers les toits, debouts en plein milieu d’une rue, on se dit que la réalité n’est pas respectée fidèlement. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, il y a des morts et des blessés, simplement la réalité est un peu différente de l’Histoire.

Les renforts arrivent (la 2ème DB puis pas loin derrière la 4ème Division d’infanterie américaine en l’occurrence) après un petit passage à la javel sur ordre des américains pas très habitués à la mixité : le fait est qu’il faut bien chercher les soldats noirs dans les images de l’unité, si il y en a un et encore c’est dans la foule.

Ces troupes plus aguerries, ont souffert en banlieue d’autant qu’il faut aller vite pour des raisons éminemment symboliques, nettoient la ville et commencent alors les cortèges de prisonniers allemands. L’exposition de 1944 ne montrait pas le revanche : exécution des collabos, tonte des femmes ayant pratiquées (ou suspectées, la suspicion tenant lieu de vérité alors) la collaboration horizontale.

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Le 26 août, De Gaulle descend à pied  les Champs, tandis que les armes parlent au Nord de Paris, où la contre-attaque allemande est en cours. La ville n’est pas encore totalement pacifiée, des snipers provoquent des mouvements de panique dans le défilé, mais l’essentiel est atteint, le défilé est devenu un grand moment d’histoire. 3 jours plus tard, ce sont les GIs qui ont le droit de marcher sur la plus belle avenue du monde, La vie va reprendre sont cours : les prisonniers de guerre reviennent, la baguette aussi, mais la guerre continue…

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En conclusion, une exposition qui aide à comprendre l’historiographie, la fabrication d’un mythe national qui, associé à la Résistance va permettre de reconstituer une unité nationale française, en masquant volontairement les passages les moins glorieux. Quelques coquilles dans les légendes, comme ces chars Leclerc (en fait des Shermans). La dernière salle affiche que « ce qu’on ne raconte pas, n’existe pas » on pourrait ajouter, « et ce qu’on embellit existe davantage ».

Site officiel : http://www.carnavalet.paris.fr/fr/expositions/paris-libere-paris-photographie-paris-expose

Durée : 1 h 30

 

 

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