Le crayon au fusil, Vu du front, Musée de l’Armée

Le Musée de l’Armée accueillait (jusqu’au 25 janvier, oui mon billet arrive un peu tardivement) une exposition sur la guerre de 14. Certes, le thème ne va pas leur fait gagner le grand prix de l’originalité mais en même temps, vu le lieu et l’anniversaire, difficile de passer la 1ère GM sous silence.

L’axe choisi est la représentation de la guerre, plus exactement des zones de combat, par l’image, photographique ou picturale. Version idéalisée de la propagande ou réalité crue des engagements se croisent tout au long de la visite.

On commence par… la guerre des Boers.  Oui, on peut se demander ce que cela vient faire là, mais il y a un lien. Contrairement à ce que beaucoup disent, la « Guerre Moderne » n’apparaît pas spontanément au 2 août 1914. Avant cette vaste conflagration, des conflits plus limités ont préfiguré son caractère industriel, l’accroissement de la puissance de feu de l’artillerie et le règne de la mitrailleuse. La guerre des Boers, le conflit Russo-Japonais, les Balkans (1912-13) font découvrir au monde les nouvelles règles de l’art de la guerre. Et ce n’est pas joli, joli.

Estampe d’une torpille japonaise à l’assaut d’un cuirassé russe :

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C’est aussi la période de l’essor de la photo qui coïncide avec (voire entraine) le déclin de la peinture militaire. La photo arrive sur les champs de bataille et apporte un surplus d’authenticité même si, les contraintes de prise de vues étant ce qu’elles sont, on a recours à des reconstitutions.

Bernard Naudain, lendemain de Gloire

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Une bonne initiative que de commencer par une telle mise en contexte et un rappel de ces guerres qui font parfois partie des sources du conflit mondial. En revanche, baigner le tout dans un fond sonore d’aboiements de Marinetti, ode au futurisme belliqueux , ce n’était vraiment pas une grande idée.

En parlant de futurisme, le début du siècle ce sont aussi les avant-gardes, qui exploitent les rythmes et couleurs de la chose militaire :

Gaston Duchamp, Soldats en marche

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Roger de la Fresnaye, Le Cuirassier

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Les premières images sont encore des œuvres d’imagination, idéalisées, faute de matériel concret, mais bien elle deviendra le premier engagement illustré par les premiers concernés : ceux qui sont au front.

André Dévambez, avions fantaisistes

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Après les premiers mois de guerre, voyant qu’elle était partie pour continuer, les état mettent en place des services militaires dédiés à l’illustration des combats (cinématographique puis photographique). C’est à travers eux que le grand public va découvrir les as comme Pégoud ou les grands commandants comme Joffre qui de quasi-inconnu devient une icône après la Marne et sera suivi dans tous ces déplacements.

 

 

Les peintres et photographes apportent au front leur passion (et leur matériel) d’avant-guerre et y poursuivent leurs activités. Ils sont parfois repérés par les autorités – notamment les peintres de décors théatraux, expert ès-trompe l’oeil,ou les cubistes – , qui vont mettre leurs talents au service de la cause nationale : pour de la propagande ou pour des camouflages.

André Mare : le 280 canon camouflé.

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Côté propagande, on cherche des symboles forts, à même de cristalliser l’esprit du public. Ce sera, par exemple, la cathédrale de Reims, qui incarne les pratiques barbares des hordes d’Outre-Rhin déferlant sur la Chrétienté. Ou l’hydre qui sera utilisée des 2 côtés des tranchées.

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Daniel Vazquez Diaz, Reims

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Jean-Louis Forain :

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Une longue frise, bienvenue, met  en parallèle événements politico-militaires et artistiques. On aborde ensuite la seconde partie de l’exposition, à l’étage, qui présente une grande quantité d’œuvres sur tous les aspects de la vie au front.

 

Valloton, Cimetière militaire de Chalons

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Si dans la mémoire française, la guerre est associée à des armées figées dans tranchées, il ne faut pas oublier qu’elle s’est déroulée sur différents fronts (et que même à l’ouest elle a donné lieu à de grands mouvements)  : montagnes, vastes plaines,déserts  sont aussi des lieux de guerre sur les autres théâtres d’opération.

James MacBey Tulkarem

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Maurice Busset : sur la mer des nuages

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Deux types d’artistes sont donc à la manœuvre, sachant que certains naviguent entre deux-eaux :

  • les « officiels » : artistes missionnés ou premiers journalistes embarqués dont la production vise à répondre aux besoin de communication de l’armée (et un peu d’information du public)
  • les « autres » qui cherchent à transcrire leur quotidien (et à meubler les longs moments d’inaction).

Malgré la communauté de sujets, les moyens et résultats diffèrent largement. Pour les premiers, on cherche à exalter l’héroïsme de nos troupes et la barbarie de ceux d’en face,  on met en valeur des images fortes comme la survivance du corps-à-corps héroïque, des chevaliers modernes toujours équipés d’armes blanches et d’armures. Les seconds cherchent des moyens nouveaux pour représenter une guerre sans hommes :  explosions, nappes de gaz, corps indistincts enchevêtrés dans les barbelés, lugubres silhouettes découpées sur les brasiers. Quand les corps apparaissent, ce sont ceux des blessés ou des morts, ou ce qui reste des amis…

Devambez : Verdun (1917)

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Henri Camus : Boyau de Briom; « ce qui reste de mes amis »

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Fernand Léger : la cuisine roulante

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Fernand Léger : l’avion brisé

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Eric Kennington, Gassed and Wounded

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Georges Scott, Scènes de combat dans les tranchées

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Dans un registre un brin léger (et bien avant les nains de jardin globe-trotters), voici Toto à la guerre, mascotte du maréchal des logis Louis Danton.

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Plus anecdotiques, les obus mettent à jour des vestiges comme dans les Dardanelles ou en Macédoine. Pendant les combats, ça fouille.

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Une exposition surprenante qui nous emmène pas forcément où on s’attendait et qui amène à se poser la question des moyens de représentation de la guerre industrielle moderne. Il n’y a pas de recherche de l’exhaustivité dans les représentations, mais un choix de regards sur le conflit. Vu la thématique, on peut difficilement dire que c’est joli mais nombre d’œuvres font preuve d’une grande force d’évocation avec des moyens souvent limités. Bien content de ne pas l’avoir ratée.

 

Tarif : 8,50 euros

Durée : 2-3 heures, il y a beaucoup à voir et à lire.

Site officiel : http://www.musee-armee.fr/programmation/expositions/detail/vu-du-front-representer-la-grande-guerre.html

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