Voyager au Moyen-âge, Cluny

Cluny se consacre jusqu’au 23 février au voyage médiéval, une approche thématique qui semble devenir un classique chez les médiévistes (un livre sur le sujet de Jean Verdon est d’ailleurs paru en 2007) et qui lui avait déjà réussie en 2013 avec le jeu.

Le sujet, assez large, est découpé en fonction des buts du voyage  : on se déplace pour un pèlerinage, le commerce, acquérir des connaissances, la visibilité sociale (comme ses rois qui doivent se montrer pour prétendre exister), etc…

Mais d’abord, qui dit voyage dit cartes. Des Atlas, cartes marines sont présentés et, quand les relevés topographiques manquent, les voyageurs se rabattent sur des textes plus ou moins récents, dotés de descriptions plus ou moins fiables (voire farfelues avec moult licornes) pour préparer leurs aventures. Il s’agit bien d’aventures et l’horizon est plus ou moins lointain selon les conditions sociales : tandis qu’un riche noble pourra espérer se déplacer sur autre chose que ses pieds, et par cela atteindre de lointaines contrées, pour un paysan, au contraire, aller au marché est déjà une expédition. Le périple est parfois une épreuve digne de la sainte famille quittant l’Egypte, comme l’illustre cette gravure :

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Tout voyage impliquent périls, à l’époque encore plus que maintenant (quoique, si on regarde bien il y avait moins d’accidents d’avions). Les hardis voyageurs s’en remettent à Saint-Christophe (étymologiquement celui qui porte JC) et à divers talismans chrétiens.

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Le pèlerinage est l’un des objectifs de voyages les plus connus (mêmes si je regrette que l’exposition ne parle pas des effectifs concernés qui ne doivent pas être si élevés que cela quand on connait le coût d’une telle excursion et le manque à gagner du fait du manque criant de congés payés). Jacques devient le symbole même du pèlerin, mais ce n’est pas le seul saint à qui se vouer : on va aussi se promener dans la ville éternelle ou, pour les plus courageux, en terre sainte. Pour aider tout ce petit monde, cartes et même guides sont édités.

Das is des Rom Weg von Meylen zu Meylen, Rome en Haut, le nord en bas.

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Guide des pèlerins en Terre Sainte, parchemin de 1471, le premier Guide du Routard

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Le voyage est aussi un flux d’informations avec une tradition peu connue : les rouleaux des morts. Véritable, faire-part de décès collectif (et collaboratif), qui, à la mort d’un moine, permet d’avertir les établissements associés. Le rouleau est complété à chaque étape ce qui permet d’en retracer les pérégrinations (pas toujours optimisées) et les durées de voyages. Ainsi, mi XVème, l’un d’eux, déambule pendant 26 mois dans 115 lieux différents (abbayes, monastères, etc…)

L’équipement du voyageur n’est pas négligé. Pour ses besoins spirituels, il peut compter sur des autels portatifs. Plus pratico-pratiques, chandeliers gigognes, peignes de voyages, lourds coffres servant de valises et de meubles l’accompagnent.

DSCF9350Quand on veut en mettre plein la vue à ses sujets (et qu’on n’a pas trop de bornes à faire parce que ça ne doit pas être très confortable) , les selles en modèle luxe avec placage en ivoire :

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En revanche, côté chaussures, c’est la dèche. Même si la vie d’un marcheur en dépend, elles restent un luxe.

Chaussures du XIII et XV.

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Les voyages forment la jeunesse surtout quand ils permettent d’écraser l’infâme. Les croisades ne sont finalement que de sympathiques tours organisés avec force interactions avec les autochtones. Il est possible d’en ramener des « souvenirs » (autres que cicatrices, membres amputés et maladies honteuses) :

Tablettes à écrire en ivoire représentant Saint-louis après la défaite de Sidon, croix pectorale, 3 pommeaux dits « de dague ».

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En croisade, on n’oublie pas sa bible de poche, le codex Amiatinus, VIII : 2000 peaux de veaux, bible latine la plus ancienne connue. Probablement une des moins pratiques pour lire au lit.

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Et quand on revient, on fait un petit album-peinture comme sur ce Voyage d’outre-mer, récit du conseiller de Philippe Le Bon, envoyé en reconnaissance. Ici une vue de Jérusalem.

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Aller un peu plus au nord permet de se rendre compte de l’importance des bateaux dans les déplacements même si on pratique surtout le cabotage. Un navire ( pays basque XVème) est d’ailleurs la figure centrale de l’exposition, même s’il n’en reste pas grand chose. C’est d’ailleurs, tout le problème : malgré leur très grande abondance iconographique, on n’en connait que deux douzaines d’épaves dont une grande majorité de vikings.

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Stèle Gotland du VIII-XI

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Sur l’île de Groix, une tombe accueille un navire de 30 m, dont ils ne restent que les clous ainsi que 2 personnes dont un chef norvégien qui a vécu en occident.

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L’artiste aussi voyage : Albrecht Dürer en est le parangon avec ses voyages en Italie (dont l’un pour se plaindre d’être éhontément copié par un local).

Et bien entendu, en voyage, on doit dépenses ses sous. Pour éviter de transporter son patrimoine en monnaies sonnantes et trébuchantes, on utilise des lettres de change, ce qui implique déjà l’émergence de réseaux financiers « internationaux ».

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Finalement, un peu comme le commerce maritime à l’exposition du Musée de la Marine, on perçoit que le voyage fait partie intégrante de notre civilisation depuis des lustres. Le monde ne change pas tant que ça, seuls les rayons d’actions augmentent.

J’ai beaucoup aimé la scénographie, mais je conçois que l’éclairage très focalisé peut divise : les pièces sont bien mises en valeur mais les contrastes sont violents.

L’exposition est assez courte et n’évite par quelques manques notamment sur les distances parcourues, les temps de parcours typiques, les lois réglementant les déplacements, les coûts induits (un pèlerinage n’est pas donné à tout le monde). Mais pour une première approche, c’est très bien.

 

Tarif: 9 euros

Durée : 45 minutes

Site officiel : http://www.musee-moyenage.fr/activites/expositions/expositions-en-cours-/exposition-voyager-au-moyen-age.html

Jusqu’au 23 février.

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