Tour de France Lithographique, Voyages pittoresques au musée de la vie romantique.

Le Musée de la vie romantique qui se penche sur la naissance du romantisme en France, un beau sujet, un brin large et complexe. Fort heureusement, il choisit de l’aborder par l’axe d’un monumental travail d’édition : les Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. Cette œuvre, réalisée de 1820 à 1878, représente la bagatelle de 3000 lithographies, a vu la participation de 182 artistes et était accompagné des textes de Charles Nodier.

Charles Nodier par Jean-Baptiste Paulin Guérin
Charles Nodier par Guerin

Charles Nodier était l’instigateur d’un salon très populaire en ce début du XIXème siècle qui voyait accourir sur ses divans la fine fleure littéraire, tout aussi bien préoccupée de se faire connaître que de côtoyer la jeune fille du maître des lieux. Dumas, Balzac, de Vigny, Hugo s’y sont retrouvés. C’est par ce salon que l’introduction de la vogue romantique en France se serait faite, concomitamment à une volonté de mettre en valeur les grands moments de l’histoire nationale.

La première partie de l’exposition se concentre justement sur ce salon littéraire et présente surtout les portraits des différents protagonistes. Cela n’a finalement qu’un lointain rapport avec le sujet principal et il faut le dire c’est un peu chiant.

Fort heureusement, le changement de salle s’accompagne d’un recadrage sur les Voyages pittoresques. Le cahier des charges est ambitieux : réaliser un état des lieux de la France, non pas juste pour établir un catalogue mais pour créer une encyclopédie visant à l’éveil de la conscience du patrimoine. La volonté de conservation n’est pas en reste, le baron Taylor, qui produit l’ensemble, et son équipe tiennent à montrer la désaffection subie par les monuments médiévaux, souvent exploités comme carrières (comme en témoigne le sort subi par l’abbaye de Cluny). L’objectif est aussi de montrer les racines de la France, son folklore, susciter l’intérêt pour le patrimoine, dessous, on sent poindre Michelet.

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Économiquement, ce grand dessein est rendu possible par l’avènement de la technique lithographique qui seule permet un grand tirage. Les Voyages sont livrés au gré de l’avancée des travaux, sous forme de feuillets à faire relier, à un prix compris entre 12.50 et 18 francs, sachant qu’il y a eu 144 livraisons, cela doit faire une petite fortune.

C’est un immense succès grâce notamment aux textes de Charles Nodier. On ne le voit pas dans l’exposition mais vous pourrez jeter un œil sur Gallica, il y a beaucoup de textes et peu de dessins. On retrouve déjà tout le vocabulaire iconographique cher au romantisme : ruines, colonnes, éléments gothiques, ciels sauvages, rayons de soleil posés ça et là, cascades, nocturnes, etc..

 

Sur ces paysages, le grain lithographique, qui préfigure réellement celui de la photographie, apporte la matière pour mettre en valeur les scènes.

 Louis-Gabriel-Eugène Isabey, Abside extérieur de l’église de Saint Nectaire.

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Alexandre-Évariste Fragonard (le fils du connu), monument druidique dans le bois de Trie dans la forêt de Lions.

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Richard Parthes Bonington, Rue du Gros Horloge.

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Viollet-le-Duc se trouve aussi embarqué dans l’aventure et se lâche dans des illustrations d’encadrement avec des rites celtes mais tendance pacifique sud…

Les voyages rencontreront une grande fortune, les artistes essaiment notamment dans le décor de théâtre et d’opéra, la vaisselle kitsch, plus classiquement la peinture.

Charles-Marie Bouton, intérieur de la cathédrale de Chartres, où la perspective nous scotche, littéralement, au mur.

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Sebron, intérieur d’abbaye en ruine, Mac Beth
Intérieur d'une abbaye en ruines - Hippolyte Sebron
On retrouve aussi fortement lié au romantisme, le goût troubadour avec son esthétique médiévale idéalisée. Pierrefonds est bien présent, comme de juste.

Renoux, moines dans une église gothique en ruines, une nature qui reprend ses droits

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JB Isabey : escalier de la Tourelle du Château d’Harcourt.
Escalier de la tourelle du château d'Harcourt, Isabey

 

Pour résumer, un joli thème bâti autour d’un axe fort pour une exposition réussie mais inégale : sur les 3 salles, les 2 dernières sont aussi réussies que la première est ratée. Etait-il si vital de présenter le salon de Charles Nodier ? Un portrait et une biographie n’auraient-ils suffi ? De même, l’articulation entre la deuxième et la troisième salle est un peu tournicotée (mais c’est sans doute dû à l’escalier). A part cela, rien ne manque à part peut-être un petit guide étape par étape de la lithographie.

 

Site officiel : http://www.paris.fr/pratique/musees-expos/musee-de-la-vie-romantique/la-fabrique-du-romantisme-charles-nodier-et-les-voyages-pittoresques/rub_5851_actu_146178_port_24533

Site des voyages : voyagespittoresques.paris.fr

Durée : 45 minutes

Jusqu’au 18 janvier.

 

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