La mondialisation date pas d’hier…

… mais il n’y avait que les mal-comprenant qui l’ignoraient.

Le Musée de la Marine – qui se débrouille en général plutôt bien pour ses expos – a choisi un axe sympathique pour sa dernière production, l’histoire du commerce maritime mondial via les contenants : amphores, tonneaux, balles, conteneurs. Le tout, sans oublier les bateaux qui vont autour, du frustre navire à dolia romain transportant 30 tonnes de marchandises jusqu’au porte-conteneurs embarquant 160 000 tonnes.

Senatus AmphorusQue Romanus

Les étrusques sillonnent la méditerranée depuis les VIII-VIème siècles mais c’est l’empire romain qui va faire croître le commerce maritime. La ville éternelle et son millions d’habitants sont bien incapables de pourvoir seuls à leur besoin, d’autant qu’il est (déjà) moins cher d’importer du blé d’Egypte que de se servir dans les champs des plaines italiennes. Les navires sont alors de grosses barques à voiles carrées qui cabotent le plus souvent et se risquent parfois en pleine mer. Du sud de le Gaule à Ostie, il leur faut 3 jours pour transporter quelques centaines à quelques milliers d’amphores. Elles embarquent aussi des dolia, énorme récipient de 3000L (plus de cent amphores) qu’il ne fait pas bon casser une fois au large (rapport au fait qu’un bateau coule quand son chargement se balade dans la cale).

 

195screenshot.Navire à Dolas,18-22 m de long  4-6 hommes, 63 tonnes, 3-4 noeuds, Maquette CNRS

199screenshot.

Arles est alors une plaque tournante du commerce nord/sud. Les amphores y sont vidées et -le plus souvent, c’est pas très économique- jetées, leur contenu est reconditionné avant de remonter par halage vers Lyon ou plus au nord. Vins, olives, saumures, sauces de poissons, herbes aromatiques, conserves de viandes voient ainsi du pays sur des bateaux à très faible tirant d’eau voire sur des radeaux d’outres (les utriculaires).

200screenshot.Les Utriculaires, copie de copie d’une Aquarelle de François Poulain.

Le moyen-âge

Sans transition, on prend quelques siècles, un bon millénaire en fait, dans les gencives et on se retrouve plus au nord avec une cogue de Brème, déplaçant ses 100 tonnes dans la Hanse. Balles pour les tissus et tonneaux (pour tout le reste) ont remplacé les amphores. Au XVème et XVIème, les Flandres et surtout Bruges voient converger vers elles les flottes du nord et du sud.  Deuxième port d’importance, Bourgneuf (qui n’est pas en Bretagne malgré ce que dit le panneau), sis en face de Noirmoutier permet à tout le petit monde marin de récupérer l’indispensable sel.

196screenshot.

XV-XVIII, les grandes routes maritimes

Les routes vers l’Amérique (1 mois) et les Indes (3 mois) commencent à être pratiquées. Un peu plus tard, les navires de la Compagnie des Inde tenteront d’y rattraper les flottes anglaises et hollandaises parties avec 50 ans d’avance. On rallie Canton, seule interface ouverte par le fils du ciel pour le commerce avec les occidentaux : au retour, soie, thé, porcelaine s’entassent dans les embarcations.

 

 

 194screenshot.La Famille du duc de Penthièvre en 1768 dit aussi La Tasse de Chocolat
Charpentier Jean-Baptiste, le Vieux (1728-1806)

 

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est le paradis des gourmands.  Café et chocolat font leur apparition dans les salons aisés de l’Europe. Accessoirement, on rapporte aussi or, zinc, etc… qui font que chaque cargaison excite des appétits carnassiers.

Au XVIII, le café se répand véritablement en dehors des seuls milieux aristocratiques, on créé même un endroit éponyme pour le déguster. Le chocolat plus surprenant pour le goût européen, percera plus lentement.

Vaisseau « Bertin », 1761, 49 m de long, 8-9 noeuds, 161 personnes dont un tiers de soldats, 6000 tonneaux, 3500 caisses de thé, et de 335 (exactement) caisses de porcelaines.

 

Vue du port de Lorient, Jean-François Hue 197screenshot.

 

Les clippers à toute vapeur

Le XIX va voir les clippers – longs navires à 3,4,5 mâts – se tirer la bourre pour ramener, les premiers, le thé frais aux gourmets occidentaux. Des liaisons avec l’Australie, les USA se mettent en place. Moins glamour, les français vont chercher de quoi engraisser leurs algues vertes au Pérou et au Chili sous forme de nitrates de soude ou de guano. Sur la route, ils peuvent aussi prendre du cacao au Brésil. Le tout débarque au Havre qui est alors un grand port, réaménagé pour ces nouveaux besoins. A l’aller on peut aussi véhiculer des passagers très enclins à travailler dans les grandes plantations.

193screenshot.Bordeaux le port à gauche, la place des Quinconces, Edmé-Emile Laborne.

Ambiance fin de siècle, le canal de Suez ouvre en 1869, les vapeurs poussent les voiliers dans leurs cordes et on commence à transporter viandes congelées (apparition des chambres froides), pétrole en citerne, le progrès vous dis-je.

Clipper le Paulesta, 1853, 49 m, 8-10 noeuds, 600 tonnes de charge, 28 personnes

 

Une fois au port, il faut encore acheminer tout ça à l’intérieur des terres, des flottes immenses transitent par la voie fluviale. 8000 péniches sont utilisées rien que pour apporter le charbon du nord à Paris,

Carte scolaire jean Brunhes, Assas, N°31 bis (http://bibnum-bu.univ-artois.fr/items/show/316)

France-voies navigables, fluviales, maritimes, aériennes

Cargos dédiés au fret et paquebots, mixant marchandises et passagers, sont armés mais les premiers vont rapidement prendre le dessus pour le commerce. Il faut dire que les chiffres parlent d’eux-même, d’autant qu’après la seconde guerre mondiale, les passages prennent la clé des airs et délaissent les lentes nefs.

  • Cargo, 38 hommes d’équipage, 4000 tonnes de marchandises, 15 tonnes de charbon par jour
  • Paquebot, 440 hommes d’équipage, 1500 tonnes de marchandises, 500 tonnes de charbon par jour

 

Au sortir de la guerre, 71 Liberty ships et 20 transports de classe Empire permettent à la France de reconstituer un semblant de flotte de commerce.

Liberty ship Pont lEveque.jpg
« Liberty ship Pont lEveque » par Rémi Kaupp — Personal photograph taken in the Musée de la Marine, Paris. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Les bâtiments se spécialisent : bananiers dotés de ventilation conçue pour maintenir un gentil 12°C pour éviter le murissement, pinardiers pour ramener 2 400 000 litres de Boulaouane d’Afrique du Nord jusqu’à Bercy via Rouen.

 

C’est moi qui ait le plus gros

En 1956, le conteneur est inventé. C’est une révolution qui représente maintenant 80 % du commerce mondial. Ses dimensions deviennent une norme, un EVP (Equivalent vingt pieds) représente la longueur de base, mais ils existent des 1/2, 3/2 et double longueur. Ils ont tous la même hauteur et même largeur (2.591m et 2.438 m) permettant d’en empiler jusqu’à 9.

Panama Kanal 01 (44).jpg
« Panama Kanal 01 (44) » par BiberbaerTravail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Sur les grands navires, dont la taille n’est plus limitée que par les détroits ou canaux qu’ils empruntent, l’A/R Europe Chine prend 56 jours, opérations de déchargement/chargement comprises. Ils emportent jusqu’à 18 000 boîtes standardisées, le coût de transport d’un conteneur est identique entre Shanghai et Le Havre et entre ce dernier port et Lyon.

 

Conclusion

Une approche originale, des supports variés (vidéos, maquettes, peintures, journaux, affiches, etc…), une exposition qui réussit son coup et fait bien prendre conscience que le transport maritime ne date pas des années 60. Les problématiques rencontrées étaient identiques sous César, faire transportez le maximum de marchandises (sans couler le navire), le plus rapidement possible et avec le plus de chance d’arriver à bon port.

 

Au chapitre des regrets, l’interdiction de prise de vues, un brouhaha sonore généré par les audioguides (à moins que ce soit par les abruti(e)s qui le mettent à volume max, les audioguides n’y sont peut-être pour rien) et les commentaires des vidéos pédagogiques (qui sont très biens je le rappelle), manque  un peu plus d’œuvres originales, notamment des tableaux mais après tout c’est un musée technique plus qu’artistique.

 

Site officiel : http://www.musee-marine.fr/content/de-lamphore-au-conteneur

Tarif : 10 euros avec un audioguide gratuit mais dispensable

Durée : 1 h 30

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