Hello Tiki au quai Branly

Le musée Branly organise ce week-end des journées portes ouvertes avec entrées gratuites pour les adhérents du musée Guimet (et vice-versa). L’occasion donc de voir l’exposition « Tiki pop » consacrée à l’influence polynésienne dans la culture populaire américaine au XXème siècle (enfin surtout la première moitié). Énoncé comme cela, j’admets qu’on peut ressentir quelques réticences ou du moins ne pas m’attendre à voir surgir chez le lectorat un intérêt démesuré.

 

Et bien c’est un tort, car la veine très pédagogique de cette exposition parvient à capter et conserver l’attention du visiteur.

Donc à l’origine Tiki est un ancien, un aïeul plus ou moins déifié, une sorte d’analogue à pagne de notre Hercule. D’idole, il va devenir icône d’un mouvement d’assimilation des mers du sud par les États-Unis, enfin surtout la Californie et très surtout Los Angeles.

ça est Tiki :

DSCF6873

L’exposition commence par le début – ce qui est très futé quand on y réfléchit – et termine par la fin (mais non je suis pas payé au mot). Donc le début. En ouveture, on retrouve Gauguin, qui d’agent de change décide de devenir acteur de son changement, et file vivre une vie de bohème -sans la neige- dans les îles du Pacifique. Les racines du mouvement Tiki plongent dans les grands romans d’aventure, Stevenson, Melville, qui évoquent dans leurs écrits, ces mers du sud où des ciels azures se reflètent dans des eaux turquoises mais où il y a quand même des tempêtes, on n’est pas des marins d’eaux-douce.

A partir des années 10-20, Les américains y trouvent un moyen de décompressions pour des vies  qui sont devenues trop stressantes à l’ère industrielle. Livres, musiques et bientôt la grande vague cinématographique vont s’emparer de ce souhait de retour à un paradis primordial. La machine hollywoodienne se met ainsi en branle, entraînant dans son sillage le reste de la société et la création de bars et autres institutions où l’on pouvait s’encanailler sans voyager.

DSCF6870

Les responsables des décors de films se consacrent ainsi à décorer ces endroits et cela va jusqu’à installer des dispositifs de pluies artificielles pour donner le sentiment aux clients d’être bien à l’abri d’un orage tropical dont les traits drus ne parviennent à percer les toits des huttes. Ces bars, aux cocktails évocateurs, dirigés par des personnages hauts en couleur, deviennent « the place to be seen » pour tout le gotha du cinéma.

DSCF6874

Un tel lieu de réjouissance a été reconstitué pour l’expo, très bonne idée.

A partir des années 20, l’immigration des avants-gardes européennes adaptes du primitivisme apportent aux USA leur nouvelle approche artistique.

La seconde guerre Mondiale permet à certains de découvrir les îles, les pluies étant remplacées par des tirs d’artillerie ce qui ne  permet pas toujours de profiter du décor. Cependant, tout le monde voulant oublier ces souvenirs pénibles, on cherchera à perpétuer le mythe de ces « bons sauvages ».

En 1947, l’épopée du Kon-tiki relance l’intérêt pour ces territoires de même que 12 ans plus tard, le rattachement d’Hawaï à l’union.

DSCF6871

Dans les années 60, la nouvelle génération adopte une approche plus critique vis à vis de cette adoration « tikienne » et y décèle des relents de colonialisme, de sexisme, etc…

DSCF6875

Le mouvement va alors lentement péricliter, les temples de cette culture laissant peu à peu place à des grandes surfaces et autres lieux symboles d’une nouvelle modernité.

DSCF6877 DSCF6876

Dans les années 90, un revival Tiki aura lieu avec même des archéologues urbains fouillant les ruines (encore fumantes pour le coup) des lieux anciennement consacrés pour y trouver des mugs, des bouteilles de Ketchup à l’effigie de Tiki.

DSCF6878

Ma note : étoile

Une exposition bien surprenante, des dimensions ethnologique et sociologique finalement très contemporaines et une découverte d’un pan assez insoupçonné de la pop-culture américaine.

Note importante : il n’y a PAS Tom Selleck.

Jusqu’au 28 septembre.

Site officiel : http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/tikipop.html

Durée : 45 minutes -1heure

Tarif : 9 euros

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s