Vie et Marbres de Carpeaux au Musée d’Orsay

Le musée d’Orsay consacre un grand espace à Jean-Baptiste Carpeaux, sculpteur (mais pas seulement) mort jeune (48 ans) qui laisse derrière lui une forêt de marbres, terres cuites et plâtres parmi lesquels cette exposition nous propose de déambuler. Artiste complet, on pourra admirer peintures et dessins du maître.

Le moins que l’on puisse dire est que le monsieur ajoutait à un caractère pas facile, une plein conscience de son don et de ce qu’il allait ou devait laisser à la postérité. Sa production artistique se concentre sur une période finalement assez brève (15-20 ans) et quand on voit la diversité et la taille de ses projets, il est permis de croire que c’était un bourreau de travail.
Toujours est-il qu’il entame son décollage à 27 ans avec un prix de Rome remporté après plusieurs tentatives infructueuses. Assez rétif aux règlements et à la discipline, son séjour parmi les 7 collines connaît quelques tribulations dont un amour impossible qui vire au tragique quand la cible de ses émois se marie avec un autre (interdiction aux lauréats du prix de Rome de batifoler ou de se marier) et meurt en couche. Cette muse fugace sera quand même incarnée dans de beaux marbres.

Il y réalise L’enfant à la coquille et, après prolongations de sa villégiature romaine, Ugolin qui lui ouvrent l’accès à la notoriété.

Jean-baptiste carpeaux, piscatoriello, 1857-61 circa, 01

 

Jean-Baptiste Carpeaux's marble sculpture 'Ugolino and his Sons', Metropolitan Museum of Art.jpg

A son retour en France, Carpeaux répond à concours et commandes. Il participe ainsi  au décor du Pavillon de Flore avec justement une superbe Flore aux bras enveloppants des amours. Le résultat, même s’il n’est pas toujours conforme aux desiderata de l’architecte plaît, sera décliné avec une somptueuse « Flore accroupie » qui est peut-être le clou de l’exposition.
P1080666Jean-Baptiste Carpeaux,Triomphe de Flore,1873,plâtre

Carpeaux Valenciennes 080810 41 Le Printemps

Ces incarnations dans la pierre ont souvent un sourire troublant, véritable signature de l’artiste, à la limite diabolique, qui menace rictus.

L’intérêt de l’exposition est de donner à voir les travaux préparatoires de ces grandes oeuvres, mais aussi les projets qui ne seront pas réalisés comme ce tourmenté projet de monument au Maréchal Moncey – l’officier à cheval sur le tableau « La barrière de Clichy » de Vernet – où le sujet équestre prend place sur un trône de corps torturés.

85screenshot.

Beaucoup de classiques vont influencer Carpeau, Michel-Ange auquel il voue une admiration sans borne, Le Bernin dont il reprend le Saint-Longin pour en faire un Saint Bernard (celui qui prêche pas le chien).

Des idées plein la tête, il garde les pieds sur terre et cherche à intégrer le cercle impérial pour des réalisation officielles : buste de l’impératrice, portraits du prince impérial (en buste ou avec chien). Il réalise aussi des croquis et peintures de la vie de la cour, bals costumés, élégantes.
Dans le même ordre d’idée, il édite lui-même ses produits dérivés en isolant des sujets de ces grandes réalisations, qu’il fait tirer en réduction. Son objectif avoué est d’accéder à une indépendance financière qui ne le laisse pas tributaire de commandes officielles.

Pour l’Opéra, il réalise le groupe « La danse » dont la nudité fit scandale à l’époque, même s’il est difficile d’appréhender cela de nos jours. Idem pour la fontaine de l’observatoire aux individus débraillés (ie : quasi à poil) qui ajoute en plus une dénonciation de l’esclavage.
AllegorieDanse

Fontaine de l'Observatoire, July 4, 2007.jpg
Grand portraitiste, c’est avec ces proches qu’il donne la pleine mesure de son talent, loin des groupes monumentaux : Dumas fils, Garnier prennent vie sous ces doigts.
Carpeaux Valenciennes 080810 32 Charles Garnier

Ces peintures bénéficient d’une touche tourmentée voire chaotique, très moderne qui culmine avec le grand format « L’attentat de Berezowski », véritable procession sur fond d’apocalypse colorée.
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Ma Note :étoile

Une exposition qui ne fait pas beaucoup parler d’elle mais qui permet de découvrir un artiste dont on connaît forcément quelques œuvres mais dont on ignore la majeure partie de la production. Une fois n’est pas coutume pour Orsay, il y a des explications claires, précises sans être ennuyeuses, à croire qu’il n’y avait pas d’audioguide à vendre. Autrement, c’est toujours le même sentiment à Orsay, celui d’être indésirable, impossibilité de prendre des clichés avec gardiens inflexibles prêts à sauter sur le moindre contrevenant comme la misère sur le pauvre monde, circulation pénible entre les œuvres et des vitrines couvertes de poussières…bref un calvaire que de se motiver à  visiter les lieux. Mais cette fois, ça vaut le coup.

En passant, un accrochage temporaire au niveau 2, consacré à Jean-François Millet mais avec des œuvres assez anecdotiques loin de celles présentées à l’Orangerie récemment.

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