Alexandre Dumas et les Mousquetaires

Le musée de l’Armée accueille les Mousquetaires, ces célèbres méconnus, dissimulés qu’ils sont par le voile littéraire d’Alexandre Dumas. Et c’est bien le point de vue de ce dernier qui est ici adopté pour approcher ceux qui étaient, avant tout mais pas que, des soldats.

 

La première salle s’ouvre sur l’écriture du roman, écrit à 4 mains par Dumas et Auguste Maquet, découpé en feuilletons avec rebondissement obligatoire, il faut bien vendre le lendemain. Comme on s’en doutait un peu, tout n’est pas fidèle dans le scénario des 3 Mousquetaires, mais on sait moins que tout n’est pas inventé non plus. Les auteurs ont pris une certaine liberté avec l’histoire mais ont parsemé leur trame d’évènements réels.

Ainsi si Louis XIII est dépeint dans l’ouvrage comme un souverain gentillet, un peu mou du genou, il est dans la réalité plus vif, c’est un Roi en Guerre, passionné par la chose militaire (et par les armes qu’il collectionne) qui fréquente surtout les bivouacs de ces armées.

Le corps des Mousquetaires apparaît en 1622 et est rattaché à la Maison du Roi dont ils assurent la sécurité notamment lors de la chasse. C’est aussi une corps d’élite se déplaçant à cheval dont l’arme principal est le mousquet (et non l’épée, hé oui) outil encombrant et dont l’usage impose la démonte. Ils sont utilisées en première ligne, pour des missions un tant soit peu suicidaires comme l’assaut des brèches des murailles adverses lors des sièges. Autant dire que l’attrition est élevée. .D'Artagnan, Gustave Doré, plâtre peint

En plus de guerroyer (et de séduire les jeunes filles), un mousquetaire sait tout faire :  équitation, escrime, danse, lettres et mathématiques sont à son programme. Bien sûr c’est l’escrime qui est resté dans l’imaginaire collectif à une époque où les duels sont prohibés et où cette discipline s’esthétise.

Académie de l’espée de Girard Thibault d’Anvers: remarquez l’architecture idéale et les formes géométriques au sol, censées modéliser les possibilités de déplacements, attaques, esquives de chaque participant.

Académie de l'espée de Girard Thibault d'Anvers Académie de l'espée de Girard Thibault d'Anvers, détail

L’affaire des Ferrets est reprise d’un épisode des Mémoires de François de la Rochefoucauld et, au-delà de l’intrigue joaillère, dissimule une vaste entreprise d’espionnage international.

Portrait d’Anne d’Autriche, Atelier de Rubens (détail : les Ferrets) :

Portrait d’Anne d’Autriche, Atelier de Rubens Portrait d’Anne d’Autriche, Atelier de Rubens, détail

 

Mais comme tout bon roman, il faut un ou même mieux des méchants emblématiques que ce soit ici Milady ou Richelieu. Ce dernier, que l’on peut difficilement qualifier de populaire, était à ce point menacé de mort que le Roi va le doter d’une garde. Celle-ci formera l’inépuisable réservoir des sbires de bas étages que nos vaillants Mousquetaires du Roi pourront à loisir défenestrer, transpercer, effrayer. Dans la vraie vie, Les rivalités entre les deux compagnies étaient réelles mais sans doute pas jusqu’à tirer l’épée à tout bout de champ.

 

 

Triple portrait de Richelieu, Philippe de Champaigne

Triple portrait de Richelieu, Philippe de Champaigne

Richelieu, c’est aussi le siège de la Rochelle, illustré ici notamment par la superbe peinture d’Henri-Paul Motte qui en livre une vision déjà cinématographique sur le modèle de son maître Gérôme.

Henri-Paul Motte, Le Cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle (1881)Le siège vu cette fois-ci de façon plus documentaire avec la digue qui barre l’accès au port :

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Bien sûr, une fois que le méchant a pris le temps d’expliquer son plan machiavélique, il peut mourir, comme sur cette très jolie aquarelle grisaille de Maurice Leloir représentant le supplice de l’infâme traitresse blonde.

Maurice Leloir, Supplice de Milady

Mais bien sûr qu’il est méchant, la preuve : il caresse un chat !!!!!!

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Le mythe des Mousquetaires va se mondialiser rapidement grâce au cinéma – la première adaptation date de 1909 – et inspirera nombre d’artistes : Dufy, Picasso, Meissonier.

La seconde salle se déroule, comme de juste, 20 ans après et débute par un retour à Paris. Initialement les mousquetaires étaient logés chez l’habitant (ce dernier n’ayant pas trop le choix, il s’agissait d’un impôt en nature) au faubourg Saint-Germain. Heureusement, les mousquetaires seront bien vite casernés, ce sera d’ailleurs le premier corps de l’armée à bénéficier de son propre logement de fonction.

La période devient plus troublée, Mazarin apparaît, fait dissoudre les Mousquetaires puis cède la place à Louis XIV qui les reforme. La Fronde, la révolution en Angleterre forment un nouveau cadre plus sombre aux aventures de d’Artagnan. On devine aussi que le corps de Mousquetaire devient une police au service du plus froid de tous les monstres froids quand notre héros est missionné pour arrêter Fouquet, ou côtoie le masque de fer.

Joseph Parrocel, Louis XIV dirigeant le siège de Maastricht, fin XVII

Joseph Parrocel, Louis XIV dirigeant le siège de Maastricht, fin XVII

L’exposition s’attarde sur le siège de Maastricht – chef d’œuvre de la poliorcétique française – où le plus célèbre des mousquetaires trouve la mort, ce qui n’empêchera pas la cité de tomber en seulement 13 jours.

Quelques objets évoquent les 3 compagnons d’arme du gascon : une épée pour Athos – qui meurt dès 1643 sans doute des suites d’un duel –, un baudrier associé à un certain Porthau – qui n’a jamais été mousquetaire mais membre de la Compagnie des Essarts- et un mouchoir en lien avec Aramis mort 1674 dans son Béarn natal.

Anecdote savoureuse qui clôture le voyage, Dumas rend visite à Géricault sur son lit de mort, en ignorant que le peintre a été mousquetaire pendant la brève reformation de l’unité en 1815 !

 

Une exposition bien conçue que voilà ! Même si je regrette qu’elle ne se soit pas essayée à casser un peu plus les mythes qui entourent cette troupe d’élite du Roi. Par exemple, l’usage tactique de ces compagnies, leur rôle politique ne sont que survolés. Rien de rédhibitoire pour autant, la variété des pièces proposées, leur très belle mise en valeur valent le détour

 

Durée : 1 h 30

Tarif : 8.5 euros

Site officiel : http://www.musee-armee.fr/ExpoMousquetaires/

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