Le Louvre d’Abu Dhabi-de

Avertissement : cet article est plein de méchanceté et peut vous donner l’envie d’aller voir une autre exposition. On n’est pas à Télérama
à Connaissances des Arts ou sur un blog qui trouve tout éblouissant ici.

Le Louvre présente les acquisitions (forcément) récentes qui vont intégrer sa succursale sise aux Emirats arabes unis. Le pitch de l’exposition est de montrer comment ce constitue un musée et d’évoquer les pistes retenues par celui-ci pour les futures présentations. L’idée majeure est de tisser des liens entre les cultures, d’élaborer des rapprochements à travers l’espace et le temps, de parcourir sur un site l’histoire artistique du monde. C’est ambitieux.

 

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En attendant cela, 150 œuvres de tous horizons sont soumis à l’œil avide du public parisien qui n’avait pourtant rien demandé, mais l’intention est bonne. Pour organiser tout cela, il a été décidé de faire confiance à un grand connaisseur Edouard L, breton de son état. Il est parti de ce qu’il maîtrise le mieux et s’est donc chargé d’une scénographie insipide à base de blanc et gris pâle, un éclairage très froid qu’il voulait à l’origine à base de néons mais cette idée novatrice n’ayant pas été retenue, on se contentera de spots cheaps qui mettent mal en valeur les pièces.

Histoire de rendre la visite inoubliable (pour les porte-monnaies), il a pris soin de mettre le moins d’informations possible sur les œuvres, après tous les consommateurs n’ont qu’à prendre l’audioguide. Passée l’entrée du magasin où on est accueilli par quelques céramiques période Umn Al-Nar (cherchez pas l’explication ou le contexte, 2300-2200 AV JC), vous trouverez en tête de gondole 4 vases : cela va des Royaumes Combattants à des figures noires. L’idée géniale est sans doute ici de suggérer que les chinois avaient eux-aussi découvert le vase, probablement un coup des extraterrestres, les chinois du FBI étant par définition hors de cause ici.

Tout de suite après, le rayon bustes et statues en pied (Rome, Gandhara, etc…) montrent -avancée incroyable dans l’histoire des arts- que l’homme a souvent représenté l’homme sous forme d’homme.

Le rayon papeterie suit immédiatement avec un très beau pentateuque du XVème (Yemen, Sanaa) et une boîte octogonale Tang  (sans doute pour ranger ses crayons) en nacre, écailles de tortue, ambres peintes. Bizarrement, la vaisselle se trouve juste à côté de la menuiserie d’intérieure (tendance parisienne à dorures) alors que les arts de la table sont à côté du présentoir “maison du monde” un peu plus loin. Prière de laisser toute rationalité au vestiaire (gratuit) !

Un espace décoration a aussi été prévu avec pour le plus marquant une peinture de Jacopo Bassano – le voyage de Jacob XVIème siècle – très jolie, très en avance sur son temps avec un traitement de la lumière et des formes qui évoque plus le réalisme du XIXème, ainsi que des miniatures iraniennes, mogholes, originales et agréables (du moins si on s’arrête avant le XIXème).

Mais Dédé sait aussi mettre en place de beaux volumes intérieurs avec une profondeur comme cet alignement : kakémono (pèlerin sur le pont de Mama,par Hakuin Ekaku), plâtres de Canova (Les pugilistes) et chinoiserie grand format. Un rapprochement éclairant comme disent les journaleux.

Sinon une belle huile d’Osman Hambi Bey, jeune émir à l’étude, de 1871, qui fait l’affiche de l’exposition et qui est peut être le plus mémorable.

Avant le passage aux caisses, un petit détour  par le rayon peinture avec Manet et Caillebotte (ni les plus fabuleux ni les plus représentatifs) qui font face à des fusuma japonais (bon là ok on peut voir un petit lien) et on arrive à l’art moderne où le responsable a assuré le coup  : Calder, Klee, Mondrian, quelle originalité ! En revanche, méga promo sur les Cy Twombly avec une offre dans la limite des stocks disponibles, 9 pièces pour le prix d’une !!! Profitez-en mesdames et messieurs !

Bizarrement pas de rayon poissonnerie où un Jeff Koontz aurait pu trouver toute sa place avec Roger (le homard).

L’exposition se conclut par une vidéo inexplicative avec un message de la Sinistre de la culculture qui a mis sa casquette de VRP pour vanter le rayonnement français accru par le développement de ce nouveau musée.

En conclusion, que dire ? Gratuite, j’aurais pu trouver quelque chose de gentil à dire mais là…. Quelle déception ! Passée l’approche supermarché sur laquelle je me suis assez lourdement étendu, le côté positif est qu’on n’a pas le sentiment que des œuvres majeures vont quitter les collections nationales pour aller dans des pays à la luminosité et à la stabilité somme toute assez relatives.

Tarif : 13 euros

Durée : 1 heure

Site officiel : http://www.louvre.fr/exposition-naissance-musee-louvre-abu-dhabi/naissance-d-un-musee-universel-le-louvre-abu-dhabi-0

Pas de photos autorisées, alors vous n’aurez ni ne manquerez rien.

 

Après les courses, s’il vous reste encore du temps de cerveau, vous pourrez aller voir l’exposition sur le Trésor de l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. De belles orfèvreries (avec des vrais morceaux de gens dedans) et de superbes livres et manuscrits notamment une bulle papale de 1135 pourvue d’une mise en page et une typographie qu’on croirait contemporaines.

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