Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou

Une exposition qui se termine dans une semaine, mais que je ne pouvais pas rater, non pas parce que je suis un fan de Cartier-Bresson mais parce que, m’estimant un tant soit peu féru de photographie, j’y aurais vu un manquement à ma culture de l’image. Ce n’est donc pas avec un enthousiasme débordant mais une volonté d’apprendre que je m’y suis rendu.

 

Les débuts

Disons-le tout de suite, l’exposition démarre très doucement : les 2-3 première salles donnent à voir la jeunesse d’HCB, ses premières expérimentations avec la photographie mais aussi avec la peinture, car ce monsieur sait faire beaucoup de choses. A 22 ans, il vadrouille sur le continent noir, refusant l’exotisme à la mode, pour une vision très moderne, où ses cadrages montrent une grande sensibilité géométrique.

Il se rapproche ensuite du milieu surréaliste, et produit des séries assez peu parlantes. Introduction d’un sujet mobile, érotiques voilées – ce qui consiste à prendre en photo des paquets informes, censées faciliter, selon André Breton, la projection du spectateur –, appel au “hasard objectif”. A ce moment là, je me suis surpris à espérer qu’il rompe vite les liens avec ce courant…

 

Le militant

Fort heureusement, on passe vite à d’autres thèmes.

HCB utilise la photographie comme une arme de classe (cf. Henri Tracol), outillant les exploités contre les classes exploitantes. Son militantisme est proche, franchement proche, du communisme. Il travaille d’ailleurs pour la presse rouge, comme  sur cette série “Mystère de l’enfant perdu” publiée dans “Ce Soir”, qui permet aux parents qui reconnaitraient leurs progénitures égarées de gagner 200 Fr et la photo. Certes un bon sentiment, mais les enfants ne sont pas si perdus que ça et on a surtout ici une mise en scène assez malsaine du pouvoir salvateur du communisme. En parallèle, il se lance dans une documentation de la pauvreté, en France  et de part le monde, en photographiant le peuple des trottoirs.

Henri Cartier-Bresson

L’image animée l’appelle, d’abord comme assistant de Jean Renoir d’abord, avant de passer à la réalisation documentaire et militante comme dans la “Victoire de la vie” qui parle des bombardements de Madrid avec un ton très actualité de guerre, ou le “Le retour” sur la libération des prisonniers de guerre de la Seconde Guerre Mondiale.

Le grand reporter

En 1947, il bénéficie d’une exposition au MOMA – ce qui n’est pas bien expliqué dans l’exposition, car on ne comprend pas à quoi est due une telle visibilité à ce moment de sa vie – puis participe à la création de Magnum. Il est affecté aux Indes, où il couvre l’assassinat de Gandhi quelques heures après l’avoir rencontré, la Chine lors des derniers jours du Kuomintang, Cuba, etc…

Henri Cartier-Bresson

Il ira en Russie en 1954 pour documenter, la “vraie vie” des russes. Ne vous attendez pas à trouver une critique de l’URSS de l’époque, mais une illustration que les russes sont aussi des être humains et qu’ils dévisagent les jolies filles.

Henri Cartier-Bresson

Coup de cœur pour son reportage sur “les 6 jours de Paris” au vélodrome d’hiver. Avec un sujet plan-plan, il parvient avec des beaux cadrages et des lumières bien exploitées à créer du beau (bon j’avoue ma photo est inqualifiable).Henri Cartier-Bresson

A l’aube de mai 1968, il se lance dans un grand inventaire national à la Depardon, documentant les grands et petits riens, en faisant parfois des incursions vers la couleur. Couleur, que d’ailleurs vous ne verrez pas beaucoup tout au long de l’exposition, HCB ne l’aime pas et en a fait que parce qu’on lui demandait.

Henri Cartier-Bresson

Ces séries se tournent alors vers les rapports entre l’homme et la machine –maitrise/aliénation-, vers la société de consommation – au travers, littéralement, des vitrines où s’attardent longuement des yeux emplis de désir-, et la foule.

Henri Cartier-BressonDSCF6076

Henri Cartier-Bresson

Henri Cartier-Bresson

Dans les années 70, il diminue sa production photographique et revient au dessin, avec beaucoup d’autoportraits ou de copies qu’il réalise lors de ses nombreuses visites de musées ou d’expositions. On trouve des photos, peut-être plus personnelles, qui couvrent un large spectre depuis des remous dans une rivière à Nara, jusqu’à des paysages indiens à la Salgado.

Henri Cartier-Bresson

De l’escamotage du sujet

Dans beaucoup des clichés de HCB, le sujet n’est que suggéré, absent, hors champs, nous ne faisons que regarder le regardeur, comme sur ces photos du couronnement de Georges VI. Pour être honnête, c’est original la première fois, mais cela paraît forcé lorsqu’il récidive, sur le même principe, lors de la venue du même Georges à Versailles en 1938. Parfois, il n’y a même plus de sujet, on est dans l’abstraction pure comme sur ces photos en Espagne. On retrouve cette approche dans ces, très nombreuses, photos de foule et manifestations, où seule la masse est donnée à voir.

Petite anecdote lors de la projection de nombreuses images de manifs, une très jeune fille (10-12 ans je pense) qui me demande si je comprenais ce que cela représentait. A ma réponse pas totalement positive (euh la loi Debré de 1973, euh… je sais pas), elle a quand même conclu “ah ben il y en avait des manifs à l’époque c’était pire que maintenant”. Constat pas faux, j’aurais peut être juste dit “mieux” au lieu de “pire” mais bon n’ergotons pas.

 

Conclusion

Après tout ça, peut-on conclure que HCB comme Pierrot qu’il était “l’œil du siècle” ? Pour ma part, je botte en touche. Sans connaître l’homme – il va falloir potasser quelques biographies – , je ne me prononce pas de manière définitive, mais, sur l’aspect purement photographique, je ne donnerai pas mon blanc-seing à cette appellation. Ces photos sont magnifiquement composées mais manque souvent de la touche de l’instant, de la magie que j’apprécie tant chez, par exemple, Riboud ou Ronis. En tout cas, l’exposition valait le coup, et permet de se faire une idée de l’ensemble de la production du bonhomme, donc rien que pour ça, elle est vivement conseillée. J’ai coutume de dire que si on sort d’une exposition en ayant envie d’aller plus loin, de se lancer dans le dessin, la peinture, la sculpture alors l’exposition est réussie. Ici on ressort en voulant caresser le déclencheur, donc mission accomplie.

Henri Cartier-Bresson, autoportrait

Et comme je suis quelqu’un d’influençable, j’ai acheté « Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc« , dont HCB faisait la promotion à ses amis et qu’il appliquait à sa gestuelle photographique.

 

En passant…

…vous pourrez aussi aller voir Martial Raysse, c’est le même billet. L’artiste fait des trucs…. et aussi des machins. Voilà. En tout cas, les visiteurs rigolent beaucoup.

Martial Raysse

Martial Raysse

Martial Raysse

Martial Raysse

Martial Raysse

 

Tarif : 13 euros

Durée : 1 h / 1 h30, jusqu’au 9 juin 2014

Site officiel : http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-8528b4338f3fde2beee8388769730d1&param.idSource=FR_E-8528b4338f3fde2beee8388769730d1

Henri Cartier-Bresson, portrait de Giacometti

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