L’odyssée d’Obélisque

Portrait de Lebas par Dantan Le Jeune Le musée de la Marine accueille encore une exposition sur un thème peu courant, pari risqué mais réussi. Le sujet : la récupération, le transport et l’érection de l’aiguille qui de ces 22 mètres de haut, à l’heure des bouchons, toise les automobilistes parisiens, ces pauvres passants qui ignorent que du haut de ces 22 m (sans compter le piédestal) 40 siècles les contemplent.

Et pour amener ici cette écharde d’éternité, il a fallu du temps, des efforts d’ingénieurs (des vrais et non les pâles reflets qui pratiquent maintenant éclairés non par la lueur interne de leur génie mais par la blafarde lumière de leurs écrans) et du sang (car quelques pertes sont à déplorer).

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L’obélisque c’est un peu comme l’armoire normande que Tata Denise veut absolument vous offrir pour vos 25 ans. En plus grand. En plus lourd. En plus exotique.

Ici Tata Denise est jouée par Méhemet Ali qui offre, grand seigneur, 2 obélisques en 1830 à la France. Cette dernière ne pouvant pas décemment refuser ce présent, place la Royale à la maîtrise d’œuvre. Deux ingénieurs, Tupinier et Lebas, s’attellent à la tâche de ramener le beau bébé à la maison : d’abord un, le moins abimé, on se resservira si on a encore faim. Ils vont construire un navire dédié, le Louxor, avec une proue amovible, un faible tirant d’eau (pour naviguer sur le Nil et la Seine) et une largeur réduite pour passer entre les piles des ponts. Toutes caractéristiques lui permettant d’affronter la haute mer comme un fer à repasser. Il parvient quand même à rejoindre Louxor où il est échoué volontairement.

L’obélisque est alors abattu, chargé par des moyens faisant intervenir force poulies, cabestans et autochtones…. Au passage il aurait fallu un peu terrassé, désensablé le temple, rasé quelques maisons.  Tout cela prend du temps et quelques épidémies provoquent des dégâts dans l’expédition.

Un des grandes qualités de l’exposition est l’iconographie : si après les vidéos, les aquarelles, les splendides maquettes, vous ne comprenez toujours pas les manipulations, considérez-vous comme un cas désespéré.

Commence alors le long chemin du retour, avec échouage sur bancs de sable, remorquage par une corvette à vapeur (le Sphynx : celui qui fume sur la gravure ci-dessous, celui qui penche dangereusement étant le Louxor)

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Le navire remonte péniblement, par halage, la Seine et parvient à Paris. D’où il repart bientôt pour aller chercher des menhirs en Bretagne. Plus précisément, des blocs de granite qui serviront pour le piédestal.

Le choix du lieu donne lieu à un débat national, tranché par Louis-Philippe 1er qui veut faire oublier le souvenir de décolletage associé à la place de la Concorde.

Un chemin en bois est construit, puis les cabestans reprennent du service pour hisser l’obélisque sur sa rampe.

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Finalement l’érection, événement qui attire le tout Paris et la cour, a lieu le 25 octobre 1836 soit plus de  5 ans après le départ de la rade de Toulon. Cette dernière étape requiert tout de même beaucoup de bras – ce qui permettra à Proudhon d’illustrer un peu plus tard en quoi le capitalisme ne paie pas la force de travail , pilotée par Lebas, qui deviendra le héros de la journée, et qui se serait placé sous l’obélisque pour périr avec son œuvre s’il échouait dans l’opération. La classe ou une grande confiance dans les travaux, à vous de choisir.

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Finalement, tout le monde fera semblant d’oublier qu’il y en a un second à aller chercher : il sera d’ailleurs rendu officiellement à l’Egypte en 1981.

L’exposition se termine sur la photo de familles des obélisques :  New York (1881), Londres (1878), Rome (bien avant, 4 en tout), Istanbul, la terre D’Egypte en ayant 4 (et peut d’être d’autres encore enfouis)

En conclusion, un sujet original bien traité, bien expliqué, 2 défauts quand même : l’espace étant limité les visites groupées font vraiment bouchon, et le prix est un peu élevé par rapport à la durée de la visite. Ah si, 3ème défaut, impossible de prendre des photos et c’est dommage car les maquettes pédagogiques et esthétiques le méritent.

 

Tarif : 10 euros

Durée : 45 minutes

Site officiel : http://www.musee-marine.fr/le-voyage-de-lobelisque-louxor-paris-1829-1836

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